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La végétation de l'étage subalpin du bassin supérieur de la Tinée (Alpes- Maritimes) Application de l'analyse multidimensionelle aux données floristiques Deuxième Partie

Lacoste, Alain

Phytocoenologia Band 3 Heft 2-3 (1975), p. 123 - 345

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published: Dec 15, 1975

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ArtNo. ESP024000302001, Price: 29.00 €

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Résumé

DEUXIEME PARTIE Etude des groupements végétaux subalpins de la Haute-Tinée 1 Les groupements rupicoles (A s p i e n i e t e a r u p e s t r i s (H. Meier) Br. -Bl. 1934) Comme le démontre clairement l'analyse numérique de l'ensemble des données floristiques (carte 1), le peuplement végétal des rochers et parois escarpées, de même que celui des éboulis, s'individualise nettement par rapport aux autres types de groupements, ceci d'ailleurs quelle que soit la région envisagée, en raison même des conditions écologiques très particulières (absence de sol proprement dit, variations microclimatiques extrêmes, etc.. . ) qui régissent le déterminisme de ces associations. La sélection spécifique rigoureuse qui s'opère en ces stations ne permet un développement tant soit peu durable qu'aux seuls taxons ayant acquis des adaptations très strictes, aussi bien physiologiques (élévation de la pression osmotique du suc cellulaire par exemple) que morphologiques (extension du système racinaire et aplatissement des axes aériens). Non seulement les fissures des parois rocheuses abritent donc une flore aux caractères biologiques particuliers (chasmophytes), mais encore celles-ci recèlent, en général, de nombreux taxons endémiques, d'aire souvent restreinte, parfois limitée à un simple massif ou même à quelques pans rocheux. Ainsi, dans les Alpes maritimes et ligures, qui représentent le principal centre d'endémisme de l'ensemble de la chaine des Alpes, plus de la moitié des endémiques et subendémiques, soit une vingtaine de taxons environ, se trouve liée aux groupements rupicoles, depuis les étages inférieurs jusqu'aux crêtes alpines. 13 Phytocoenologia 3 (2/3) 124 A. LACOSTE Cette particularité semble pOUVOir s'expliquer par la combinaison de deux phénomènes distincts. D'une part certaines espèces anciennes, d'origine tertiaire (ex: Saxifraga florulenta Moretti), ont pu survivre dans des rochers en raison même de conditions microclimatiques qui, en ces stations, ont rendu moins sensibles qu'ailleurs les effets des variations thermiques de la période glaciaire, mais qui, en outre, contribuent à y réduire la compétition spécifique et la concurrence des groupements périphériques. D'autre part, ces stations rupestres constituent également des centres privilégiés de formation de types nouveaux (néoendémiques), puisqu'aux facteurs habituels de variation génétique (hybridations et mutations principalement) et à une sévère sélection du milieu s'ajoute un isolement écologique des populations. Par suite du contact quasi direct avec le substratum, la nature de la roche, en particulier sa teneur en COaCa, apparah, encore plus que dans tout autre type de groupement, comme un facteur prépondérant de la différenciation des associations rupestres. A l'étage subalpin du bassin supérieur de la Tinée, comme à l'étage alpin, se développent sur les substrats sédimentaires les groupements des P o t e n t i I l e t a 1 i a c a u 1 e s - c e n t ti s Br. -Bl. 1926, tandis que les parois siliceuses du Mercantour abritent ceux des A n d r 0 s a c e t a 1 i a v a n d e lUi Br. -Bl. (1931) 1934. 1. 1 Les groupements des rochers calcaires (P o t e n t i I l e t a 1 i a c a u l e s c e, fi t i s Br. -Bl. 1926) L'ordre des P o t e n t i I l e t a 1 i a c a u 1 e s c e n t i s est représenté dans le bassin supérieur de la Tinée par l'alliance du P o t e n t i I l i o n c a u 1 e s - c e n t i s Br. -Bl. 1926, alliance qui, depuis l'étage montagnard jusqu'à l'étage alpin, regroupe les associations de rochers riches en COsCa de l'Europe moyenne et méridionale. Dans les Pyrénées elle est remplacée par l'alliance homologue du S a x i f r a g i o n m e d i a e Br. -Bl. 1948, caractérisée par de nombreux endémiques pyrénéens. A la suite des observations effectuées par M. GUiNOCHET à l'horizon inférieur de l'étage alpin (2200 à 2500 mètres), observations qui ont abouti à la définition de l'association à Primu/a marginata Curtis et Phyteuma charmelii Vill. (1938), l'étude des rochers et falaises de plus basse altitude et le traitement de ces données par l'analyse numérique nous ont conduit à concevoir l'ensemble de la végétation rupicole sur substrat sédimentaire des étages supérieurs du bassin sous la forme d'une unique association, le P h y t e u m 0 - B u pie u r e t u m p e t r a e a e, atteignant son optimum au niveau du subalpin. En fonction de la nature du substrat, cette association se présente sous la forme de deux groupements différenciés, l'un (sousassociation t y p i c u m) développé sur les rochers et parois calcaires, le second (sous-association à Draba dubia) cantonné sur les grès d'Annot (cartes 3 et 7).